Tanger, 29 octobre 1956 : Une date pas comme les autres

Tanger, 29 octobre 1956 : Une date pas comme les autres

Tanger vie de son histoire. Rarement on trouve des villes avec une histoire pareille. Tanger a toujours était le rêve de toutes les nations grâce à son positionnement stratégique mais aussi pour son climat et son paysage naturel unique.

L’histoire de Tanger

Après une présence phénicienne, dont il subsiste deux petites nécropoles, la ville fut réellement fondée au IVe siècle avant J.-C., par les Carthaginois qui en firent un comptoir (Tingi). En 146 avant J.-C., à la chute de Carthage, la ville est rattachée à la Maurétanie et devient une colonie romaine (Tingis) liée à la province d’Espagne. Tanger prend une telle importance, qu’elle devient, vers le iiie siècle, la capitale de la Maurétanie Tingitane. Au ve siècle, Tanger est occupée par les Vandales. Libérée sous le règne de Justinien, au début du vie siècle, elle est rattachée à l’empire byzantin.

Le général Omeyyade Moussa Ibn Noussaïr s’intéresse à Tanger pour sa position stratégique et c’est de là qu’en 711,

commencera la conquête de l’Espagne par les troupes de Tarik Ibn Ziad, à qui Gibraltar, entre autres, doit son nom (Djebel Tarik la montagne de Tarik). Pendant les cinq siècles qui suivent, les dynasties du Maroc, de Tunisie et d’Espagne se disputent la souveraineté de Tanger. Les Idrisides, maîtres de Volubilis, les Omeyyades d’Espagne, s’affrontent à son sujet pendant plus d’un siècle. Au milieu du xe siècle, les Fatimides de Tunisie y étendent leur autorité. En 1075, les Almoravides en deviennent maîtres jusqu’en 1149, date à laquelle la ville passe aux Almohades. Elle s’inféode aux Hafsides de Tunis avant de devenir mérinide en 1274.

Après trois tentatives les Portugais s’en emparent en 1471 et le cèdent à l’Angleterre en 1661 comme dot apportée par Catherine de Bragance à son époux Charles II d’Angleterre. À l’époque où Tanger était encore une ville portugaise, elle fut la capitale de l’Algarve d’Afrique, car n’oublions pas qu’il y avait deux Algarves à l’époque, une en Europe et une autre en Afrique.Dès 1679 Moulay Ismaïl (Empire chérifien alaouites) entreprend le siège de Tanger qui lui est abandonnée en 1684, sur décision de Charles II estimant son occupation par les troupes anglaises inutile et beaucoup trop coûteuse.

À la suite de l’aide apportée par le sultan Abd ar-Rahman ibn Hicham à l’émir algérien Abd El-Kader, les Français lancent sur Tanger un raid de représailles dirigé par le prince de Joinville qui bombarde la ville en 1844 et démantèle les fortifications.

Les rivalités européennes pour le contrôle de la ville, porte entrouverte sur le Maroc, débutent en cette fin de xixe siècle. La France, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Allemagne multiplient les missions diplomatiques et commerciales pour placer leurs pions, mettant la ville au centre des rivalités internationales. En 1880, la convention de Madrid tente de définir les relations entre les grandes puissances au sujet du Maroc. Poussé par le chancelier Bulow qui entend rappeler de façon, sensationnelle, que l’Allemagne ne se laissera pas mettre à l’écart et que la France ne peut modifier l’état politique du Maroc sans l’autorisation d’une nouvelle Conférence internationale, Guillaume Il débarque le 31 mars 1905 du yacht impérial Hohenzollern à Tanger pour quelques heures et dénonce, après un entretien avec l’oncle du sultan, les visées françaises et espagnoles sur le Maroc, ce qui provoque une crise diplomatique : c’est la Crise de Tanger. En 1906, la conférence d’Algésiras redéfinit les positions de chacun en Afrique reconnaissant l’indépendance du sultan et affirmant l’égalité des signataires dans le domaine économique. En1923 les négociations aboutirent à en faire une zone internationale affranchie de droits de douanes. Le 24 juillet 1925, le statut définitif de Tanger est signé par le Royaume-Uni, l’Espagne, la Belgique, les Pays-Bas, les États-Unis, le Portugal, l’Union soviétique et la France, auxquels se joindra l’Italie un peu plus tard.

La ville possède désormais son autonomie financière. On la dote d’une administration internationale, en particulier d’une assemblée législative, composée de trente fonctionnaires internationaux désignés par leurs consuls respectifs et de neuf marocains. L’époque du « Statut international » est celle du plus grand rayonnement international de Tanger, tant dans le domaine culturel que dans celui des affaires, favorisé par les facilités offertes à la contrebande, à l’espionnage et à la contrefaçon. 

En juin 1940, après la défaite française, les troupes nationalistes espagnoles occupent Tanger et permettent, en mars 1941, l’installation du consulat allemand à la mendoubia (résidence du Mendoub) où flotte le drapeau nazi. En mars 1944, l’Espagne fait partir le consulat allemand de la mendoubia avant de retirer, le 9 octobre 1945, ses troupes de Tanger, qui retrouvera son statut international. Entre 1939 et 1950, Tanger a vu sa population tripler et atteindre plus de 150 000 habitants.

Le 10 avril 1947, le sultan Mohammed V, accompagné du prince héritier Moulay Hassan (futur Hassan II), prononce à Tanger le premier discours qui fait référence à un Maroc unifié et indépendant rattaché à la nation arabe. En 1956, avec l’indépendance du Maroc, la conférence de Fedala (8 au 29 octobre) rend Tanger au Maroc. Une charte royale maintient la liberté de change et de commerce jusqu’en 1960, année où le gouvernement marocain abolit les avantages fiscaux et Tanger se retrouve avec un statut identique à celui des autres villes du royaume. Afin d’éviter une fuite importante des capitaux, le port de Tanger est doté d’une zone franche.

La ville connaît depuis une dizaine d’années (années 2000) un développement spectaculaire.

Chronologie de Tanger

  • ixe siècle av. J.-C. : arrivée des Phéniciens sur le site de Tanger.
  • ive siècle av. J.-C. : passage de la ville sous contrôle Carthaginois.
  • 140 avant J.-C. : arrivée des Romains – Capitale de la Maurétanie Tingitane.
  • 706 : Moussa Ibn Noussair s’empare de la ville. Tanger devient musulmane.
  • 711 : Tarik Ibn Ziad, à partir de Tanger, se lance à la conquête de l’Espagne.
  • 1437 : première tentative portugaise pour s’emparer de la ville.
  • 1458 : deuxième tentative portugaise pour s’emparer de la ville.
  • 1464 : troisième tentative portugaise pour s’emparer de la ville.
  • 1471 : les Portugais s’emparent de Tanger.
  • 1492 : un grand nombre d’arabo et de judéo-andalous chassés d’Espagne et du Portugal transitent par Tanger et beaucoup d’entre eux y restent ou s’installent dans la région
  • 1580 : Tanger passe, avec le Portugal, sous domination espagnole.
  • 1640 : Tanger redevient portugaise lors de l’indépendance du Portugal.
  • 1661 : Catherine de Bragance apporte, dans sa dot, Tanger à Charles II d’Angleterre. La ville passe sous contrôle anglais.
  • 1673 : les Anglais fortifient la ville pour résister aux attaques du chef de tribu Al Ghaïlan.
  • 1678 : le sultan Moulay Ismaïl entreprend le siège de la Ville.
  • 1684 : les Anglais détruisent les fortifications et abandonnent la ville à Moulay Ismaïl. La ville est fortifiée pour devenir un rempart face au monde extérieur.
  • 1757-1790 : règne du sultan Sidi Mohamed Ben Abdallah qui, pour protéger ses sujets, entreprend le cantonnement des diplomates occidentaux à Tanger.
  • 1794 : création de l’École de la Mission catholique espagnole.
  • 1794 : le Consul de France quitte Rabat pour s’installer à Tanger.
  • 1832 : Eugène Delacroix séjourne à Tanger qui l’émerveille.
  • 6 août 1844 : bombardement de la ville par le Prince de Joinville sous prétexte de l’asile accordé par le sultan à l’émir algérien Abd El Kader.
  • 1857 : création de la poste britannique.
  • 1864 : création de l’école de l’Alliance israélite
  • 1864 : inauguration du phare du cap Spartel
  • 1865 : installation par la France d’une poste nationale d’État.
  • 1880 : l’Eastern Telegraph Company relie Tanger à Gibraltar par un câble sous-marin.
  • 1883 : les Espagnols créent le réseau de téléphone interurbain.
  • 1885 : création d’une école française (l’Institution Robinet).
  • 3 octobre 1904 : signature d’un accord secret, entre l’Espagne et la France, pour délimiter les zones d’influence. Tanger devra avoir un statut particulier.
  • 31 mars 1905 : Guillaume II arrive à Tanger pour s’opposer aux ambitions de la France et de l’Espagne sur le Maroc.
  • 7 avril 1906 : la conférence d’Algésiras, détermine les zones d’influence française et espagnole. Tanger aura un statut spécial.
  • 1909 : construction par la France d’un collège pour jeunes filles (futur Lycée Saint-Aulaire).
  • 1912-1913 : construction du Palais du Sultan Moulay Abd al-Hafid.
  • 30 mars 1912 : signature à Fès du traité de protectorat Français, par le Sultan Moulay Hafid et M. Regnault, ministre plénipotentiaire de France à Tanger.
  • 1913 : construction du collège français (futur Lycée Regnault).
  • 1913 : inauguration par l’Espagne du Gran Teatro Cervantes.
  • 18 décembre 1923 : convention de Paris : Tanger sera une zone internationale sous souveraineté du Sultan du Maroc.
  • 14 mai 1924 : ratification de la Convention de Paris.
  • 1er juin 1925 : entrée en vigueur du statut international de la zone de Tanger.
  • 1930 : visite d’un important représentant du mouvement panarabe, l’émir Chakib Arsalane.
  • 1935 : création d’une école marocaine par Abdallah Guennoun.
  • 14 juin 1940 : occupation de Tanger par les troupes espagnoles.
  • 20 novembre 1940 : rattachement de la ville à la zone espagnole et expulsion du Mendoub (représentant du Sultan).
  • 17 mars 1941 : installation du consulat allemand dans la Mendoubia.
  • 2 mai 1944 : les Espagnols, poussés par les Américains, font partir les Allemands de la Mendoubia.
  • 9 octobre 1945 : les troupes espagnoles quittent Tanger.
  • 11 octobre 1945 : un croiseur français ramène le Mendoub à Tanger.
  • 9 avril 1947 : arrivée du Sultan Mohamed Ben Youssef (Mohamed V)
  • 10 avril 1947 : le Sultan Mohamed V prononce le discours de Tanger par lequel il réclame l’indépendance du Maroc.
  • 29 octobre 1956 : rattachement de Tanger au Royaume du Maroc. Tanger perd son statut international.
  • 1957 : Tanger devient la Capitale d’été du Royaume.
  • 26 août 1957 : une charte royale stipule le maintien de liberté de changes et de commerce pour la ville de Tanger.
  • 1960 : Tanger perd son statut particulier et est dotée d’une zone franche.
  • 1960 – 2000 : La ville a été mis à l’écart pendant 40 ans, donc perdre son charme et modernisme.
  • 2000 : Le début de la reconstruction presque complète de la ville.

Autres dates importantes

  • George Apperley (1884-1960), peintre britannique qui a vécu à Tanger où il s’est fait construire une maison dénommée Villa Apperley.
  • Giuseppe Garibaldi, en exile à la suite des tentatives indépendantistes de 1848 et de la Repubblica Romana, y est accueilli d’octobre 1849 à juin 1850, lorsqu’il part pour New York via Londres. Il habita Rue Hassan Ibn Al-Fahrat 35 (nom actuel), longtemps appelée Rue Garibaldi.
  • Marthe de Chambrun-Ruspoli (princesse), écrivain, égyptologue. A publié L’épervier divin (Genève, Ed. Mont-Blanc, 1969) et Le retour du Phénix (Paris, Les Belles Lettres, 1982). Elle était l’épouse du Prince Edmondo Ruspoli et la mère de Mario Ruspoli, réalisateur à la télévision française.
  • Paul Bowles, écrivain américain, né à New-York en 1910, mort à Tanger le 18 novembre 1999. Il y écrivit notamment Journal tangérois 1987-1989, Réveillon à Tanger et surtout Un thé au Sahara, son ouvrage le plus connu qui inspira le film du même nom à Bernardo Bertolucci.
  • Henri Matisse (résida à Tanger au printemps 1912, à l’automne 1912 et en février 1913). Il logeait au Grand Hôtel Villa de France. Il y peignit quelques unes de ses plus belles toiles : Fenêtre à Tanger, Porte de la Casbah, Vue sur la baie de Tanger.
  • Jean-Luc Mélenchon, homme politique français, est né à Tanger en 1951.